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complot

  • Théorie du complot

    Parce que les théories complotistes répondent à une interrogation sans cesse croissante du public à l’égard d’une Histoire qui s’emballe, les articles se proposant de démystifier ces théories répondent en quelque sorte à la même question que les sites complotistes eux-mêmes : que croire et qui croire ? Une Histoire de mauvaise foi ? Schématiquement, toute théorie ou anti-théorie du complot s’enracine soit dans la volonté de défendre un intérêt ou une idéologie spécifique, soit dans la volonté de promouvoir la « vérité » au sujet des événements historiques observés. Des discours de mauvaise foi s’opposent donc à des discours de bonne foi, dans un camp comme dans l’autre, et toute la difficulté consiste donc à prendre en compte les intérêts et les idéologies défendus par chacun, sans pour autant réduire la critique à une série d’arguments ad hominem consistant à attribuer crédit ou discrédit à différents discours sur la seule base du locuteur qui les prononce. Ce n’est pas parce qu’un individu est ingénieur chez Monsanto, ministre du gouvernement, membre d’une association antisioniste ou journaliste dans un grand média que son discours doit être tenu pour a priori vrai ou a priori faux. C’est l’épreuve des faits et le respect de la logique qui doivent constituer la norme de vérité en cette matière comme en toute autre. La mauvaise foi ne commence qu’au moment où nous continuons à défendre une croyance fausse parce qu’elle justifie nos actions en cours ou à venir. Imaginons par exemple que les services secrets français apprennent, au mois de janvier 2016, que les attentats de novembre ont en réalité été commis par des djihadistes résidant en Egypte, en représailles au soutien militaire fourni par la France au dictateur al-Sissi, lui-même responsable du massacre de la place Rabia-El-Adaouïa. On comprend qu’une telle découverte serait difficile à communiquer à la population française, puisqu’elle demanderait de justifier d’une autre manière le positionnement français sur les dossiers syriens et égyptiens. Dans cette situation, que faire ? Le plus simple semblerait évidemment de maintenir une version officielle des faits tout en agissant en coulisse pour réorienter la lutte vers nos ennemis réels. Mais dès lors qu’une telle divergence est ainsi créée entre Histoire officielle et Histoire réelle, comment empêcher citoyens, journalistes et universitaires en quête de compréhension de pointer du doigt les incohérences et de spéculer sur les informations non communiquées ? Pieux mensonges d’Etat et démocratie La légitimité morale du pieux mensonge renvoie à un questionnement philosophique millénaire vis-à-vis duquel il n’est pas nécessaire de prendre parti dans le présent billet. On se bornera à indiquer qu’en la matière, l’approche « déontologique » défendue par des penseurs visant la vérité comme Kant ou Platon s’oppose à une approche « utilitariste » défendue par des penseurs visant l’accès au bonheur comme Rousseau ou Mill. Que tous les mensonges proférés ne soient pas pieux est une évidence, mais penser que tous les mensonges sont proférés avec une intention mauvaise est en revanche le signe d’un complotisme extrême et pathologique. Oui, on nous ment sans doute, mais pourquoi penser que tout mensonge reflète nécessairement une mauvaise intention à l’égard du peuple français en général ou d’une minorité de Français en particulier ? Prémunissons-nous donc contre ce type de complotisme et partons du principe que les mensonges qui font diverger Histoire réelle et Histoire officielle trouvent leur origine dans de bonnes intentions. Par définition, un pieux mensonge soumet l’idéal de Vérité à la quête du Bien et si nous subissons ce type de mensonge, cela signifie que des personnes ayant accès à la « vérité » jugent que cette dernière est contraire au « bien » de ceux qui n’y ont pas accès, d’où résulte un double problème. D’une part, d’où provient cette idée selon laquelle le peuple serait incapable de comprendre et accepter les motifs réels d’une décision politique ou d’une guerre ? D’autre part, d’où provient ce « bien » poursuivi par ceux qui mentent si pieusement ? Autrement dit, le pieux mensonge repose de facto sur la distinction de deux classes sociales : l’une, éclairée et informée, décidant pour une autre, confuse et désinformée. D’ailleurs, dans cette interview édifiante datant de 2009, François Hollande lui-même dénonçait la logique perverse du mensonge d’Etat proféré au nom de la lutte contre le terrorisme.